Depuis le 1er et jusqu’au 19 septembre est organisée une votation citoyenne portant sur la mise en régie publique de la distribution d’eau sur 9 communes : Arcueil, Cachan, Chevilly-Larue, Fresnes, Gentilly, Ivry, Kremlin-Bicêtre, Orly et Vitry.

Habituellement plus tonitruante dès qu’elle organise une consultation citoyenne, la Ville de Cachan a cette fois décidé de faire profil bas : très peu d’information préalable (quand d’autres villes concernées ont été plus informatives), un point de communication itinérant dans la ville, une réunion publique à 19h30 en semaine 5 jours avant la fin des votes, aucun accès permanent à l’information et un vide abyssal d’informations utiles à la prise de décision dans l’article du Mag de Cachan.

C’est que sans doute l’enjeu de la votation est proche du néant : la décision de quitter le SEDIF (Syndicat des Eaux d’Île-de-France composé de 135 communes, qui délègue le service à Veolia) est prise depuis de nombreux mois. C’est en 2024 que la nouvelle régie publique prendra en charge la distribution de l’eau et les relations avec les abonnés dans les 9 communes concernées. Une structure de préfiguration de la future régie existe déjà, présidée par Fatah Aggoune, premier adjoint à Gentilly.

Le sujet de la fourniture de l’eau est un sujet complexe et important qu’il convient de traiter avec sérieux, loin des invectives idéologiques (la redevance sert le chiffre d’affaires de la méchante Veolia) ou des vœux pieux (moins chère, moins polluée, plus vertueuse…). L’eau n’a pas de couleur politique.

En raison de l’absence d’informations étayées disponibles en ligne et dans le Mag, il est permis de questionner les arguments avancés en faveur de cette régie.

Le prix de l’eau

Le prix de l’eau en Île-de-France est élevé, plus que dans d’autres régions. Il est vrai que, majoritairement, les communes qui ont repris la gestion de l’eau ont fait baisser son prix, et que la gestion du SEDIF (piloté par les élus des 135 communes) a été dénoncée par la Cour des comptes.

Mais la gestion de l’eau demande des investissements lourds et constants, comme annoncé dans le Mag. Cependant, aucune information ne nous assure aujourd’hui que leur impact sur le coût de l’eau, et donc le prix pour les abonnés ou les collectivités, ira dans le sens d’une économie par rapport à la situation actuelle.

Par ailleurs, les 9 communes sont disjointes et leur population représente environ 326 000 habitants, loin de la population parisienne ou niçoise, exemples de régies municipales de l’eau où les prix ont baissé, jetant un doute sur la pertinence de la comparaison avec ces métropoles.

Les municipalités concernées évoquent enfin la mise en œuvre d’une tarification sociale. Si l’intention est louable, rien n’interdit semble-t-il de financer ce mécanisme dans le cadre de la délégation de service public.  

Pour terminer, il faut s’interroger sur la cohérence d’une diminution des prix de l’eau au regard d’une incitation à la baisse des consommations.

La qualité de l’eau

Autre argument : l’amélioration de la qualité de l’eau, par exemple en négociant et récompensant l’absence de nitrates et pesticides à la source auprès d’agriculteurs vertueux. Là encore, l’intention est bonne mais amène deux remarques :

  • la qualité actuelle de l’eau fournie par le SEDIF est  déjà très bonne ; saurons-nous faire mieux ?
  • là encore, on ne voit pas ce qui empêcherait d’imposer ces contraintes écologiques à un fournisseur privé, dans le cadre d’une renégociation de sa délégation.

La compétence et les services

Les 9 municipalités mettent en avant l’esprit de sérieux et de responsabilité de la gestion des biens publics. Personne ne le niera, mais chacun pourra constater que des municipalités, même regroupées à 9, n’ont pas toujours les moyens ni les structures pour entretenir et cultiver les compétences nécessaires à des sujets aussi techniques. L’intérêt des contrats de délégation de service public est aussi la mutualisation des réseaux et des investissements dans les compétences et les pratiques, qu’elles concernent le réseau ou les services aux abonnés comme le suivi personnalisé des consommations.

En conclusion, la votation citoyenne qui est proposée aux Cachanais ressemble plus à une opération de communication permettant à nos édiles de se présenter en défenseurs du bien public face à des sociétés privées forcément avides d’argent et de profits. C’est une posture hélas habituelle mais dont on ne saurait se contenter sur des sujets aussi importants, complexes, technologiques et coûteux que la gestion de la distribution d’eau.

Sur ce sujet, les élus En Avant Cachan ! sont comme les Cachanais ; ils n’ont aucune des informations permettant de se construire des certitudes. A chacun, donc de se faire son idée, s’il le peut.

Il y aura encore à dire sur la forme de la consultation…


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